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Vers le renouveau des maisons à colombage ?

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colombage

Hautement esthétiques et impressionnants, ces habitats sont typiquement construits à base de matériaux d’origine naturelle et très isolants, tels le bois, l’argile, la paille et la pierre. Si à l’époque médiévale les préoccupations ne tournaient pas spécialement autour de l’écologie et du développement durable, il s’agit de nos jours d’arguments autrement plus importants. Les maisons à colombage sont en effet des habitats résolument écologiques et donc paradoxalement modernes, répondant aux dernières exigences en matière de développement durable.

Petite histoire des maisons à colombage

De l’époque romaine à « l’encorbellement » médiéval

Emblématique de l’époque médiévale, le colombage est auparavant maîtrisé par les Romains dès l’époque antique. La célèbre ville de Pompéi et celle d’Herculanum comportaient plusieurs exemples de maisons à pan de bois, dont les matériaux de comblement étaient réalisés à base de lave séchée issue du tout proche Vésuve. C’est d’ailleurs grâce à cette même lave que certaines de ces maisons ont été conservées lors de l’éruption du Vésuve en l’an – 27 avant Jésus-Christ, emprisonnées dans une gangue protectrice. Le colombage est par la suite utilisé durant tout le Moyen-Age et survit à la Renaissance au 16ème siècle, pour traverser toute l’époque moderne, jusqu’au XIXe siècle. Au XIVe siècle, peu avant le début de l’époque médiévale, le remplacement de la technique des « bois longs » par celle des « bois cours » autorise le développement d’un phénomène particulier : l’encorbellement. Le principe consiste à légèrement décaler chaque étage en colombage de quelques centimètres en avant sur la rue. Suivant la hauteur de la maison, il peut ainsi s’agir d’un double, triple ou même quadruple encorbellement, permettant finalement de gagner plusieurs dizaines de décimètres voire plus d’un mètre sur la rue. Le dispositif permettait d’optimiser fiscalement la surface habitable et de réduire les taxes particulièrement élevées suivant les régions. Particulièrement esthétiques et vectrices d’un certain niveau social, les maisons en encorbellements offraient par ailleurs l’avantage d’éviter les ruissellements des eaux de pluie et protégeaient ainsi l’ossature en bois.

 

Un patrimoine historique

Souvent situées en centre-ville, de nombreuses maisons à colombage et en encorbellement subsistent encore ou ont été entièrement rénovées. Certaines régions en sont particulièrement riches : l’Alsace, la Normandie, la Bretagne, l’Anjou, la Touraine ou encore la Bresse. Parmi les plus beaux centres-villes médiévaux on peut citer Strasbourg, Colmar, Auxerre, Dijon, Angers, Tours, Rouen, Rennes, Vannes, Quimper et la belle ville de Bourges, qui en comptent plusieurs centaines. A Paris, où les maisons à pans de bois ont presque totalement disparu à l’époque moderne, l’une des plus vieilles maisons de la capitale est à colombage. Datant de 1644 et située rue Volta dans le Marais. Par ailleurs, ce type de constructions n’est pas spécifique à la France. Plus d’un million de maisons à colombage ont traversé les âges et éviter les bombes incendiaires de la Seconde Guerre mondiale en Allemagne, dispersées dans presque tout le pays. On trouve également de beaux exemplaires dans les pays du Nord et de l’Est (Danemark, Suède, Pologne, République Tchèque), en Grande-Bretagne, en Italie, et jusqu’en Turquie et au Brésil.

 

Techniques de construction


Une ossature tout en bois

Le principe du colombage est simple, se fondant sur l’utilisation de deux composants, le bois et le plus souvent le torchis, ou le plâtre ou encore la brique. Le bois forme l’ossature de l’édifice, les autres matériaux servant à remplir les intervalles et solidifier l’ensemble du bâtiment. Le mot colombage signifie ainsi littéralement « poutre dans le mur ». Le chêne massif est le plus souvent utilisé, offrant outre son extrême résistance et longévité un caractère esthétique particulièrement marqué. L’ossature en bois de la maison vient prendre place sur des fondations légères, de type solins de pierres, utilisés pour renforcer l’étanchéité.

Deux techniques coexistent. La technique dite des « bois longs » utilise de longs poteaux de bois qui courent parallèlement de haut en bas de la maison, et perpendiculairement pour former les étages. Spectaculaire, cette technique est également pénible à mettre en œuvre, à la fois pour installer les poteaux et surtout pour les manipuler. Construites au Moyen-Age dans les ruelles très étroites des centres-villes, les maisons ne laissaient que fort peu d’espace de manœuvre aux bâtisseurs. Une autre méthode plus simple, dite des « bois cours », a donc supplanté les « bois longs ». Des poteaux beaucoup plus courts et donc plus nombreux sont utilisés pour réaliser les murs, autorisant des poses plus originales, en biais ou en croix. Cependant, les vis-à-vis d’habitats en encorbellements avaient fâcheusement tendance à réduire l’espace et la luminosité des rues déjà étriquées des centres-villes. Dès la Renaissance, les villes les interdisent unes à unes, Paris proscrivant la construction en encorbellement à partir du XVIIe siècle.


Le remplissage en torchis

Une fois l’ossature réalisée, il reste à remplir les intervalles, qui représentent la plus grande surface de l’habitat. Le matériau de remplissage le plus fréquemment utilisé est le torchis, un mélange d’argile, d’eau et le plus souvent de paille, mais aussi de crins de chevaux ou écosses de végétaux. L’ensemble est malaxé et prend la forme d’un mélange blanc ou beige, qui n’est autre que du béton naturel, par opposition au ciment de béton. Même s’il n’est pas porteur, le torchis possède toutefois un rôle de solidification de l’édifice important. Il dispose également de nombreux atouts pratiques pour la maison. Le torchis accumule l’eau et absorbe l’eau et la rejette suivant l’hygrométrie de l’air, tout en restant étanche. Il constitue par ailleurs un bon isolant, tout comme le bois formant l’ossature de la maison. L’ensemble assure donc une très bonne isolation thermique et acoustique à la maison, conservant la chaleur l’hiver et la fraîcheur l’été, ce qui de nos jours représentent des avantages écologiques et économiques.

Là aussi, plusieurs techniques existaient selon les régions pour mettre en œuvre le torchis, dont la plus étonnante est dite du torchis « en boule ». Pratiquée notamment en Alsace, cette méthode consistait à superposer des boules de torchis pour former les murs. Actuellement le torchis est le plus souvent appliqué par projection mécanique, moins charmante mais beaucoup plus rapide et moins contraignante que la pose manuelle. Il est également possible de remplacer le torchis par des briques crues enduites à la chaux. Le résultat peut là aussi se révéler spectaculaire suivant l’imagination et l’habileté des constructeurs, avec des dispositions espacées ou obliques, et toutes sortes de motifs géométriques imaginables.

 

Des maisons à colombage modernes et écologiques

Les maisons à colombage bénéficient d’un nouveau souffle de vie depuis le début des années 2000. Plusieurs possibilités existent pour s’offrir une maison de ce type. La restauration d’une ancienne maison offre certes le cadre de l’authenticité, mais nécessite un très sérieux savoir-faire, une bonne dose de motivation, une coquette épargne et une non moins vaste patience. Pour la construction ex-nihilo, les temps sont désormais à la technique dite du « poteau-poutre », qui reprend directement la méthode d’assemblage des maisons à colombage. L’ossature de l’habitat reste en bois, avec de larges poteaux rectangulaires apparents. Les murs peuvent être réalisés tout en bois, en surface vitrée ou dans un autre matériau écologique, y compris le torchis en s’inspirant dans ce cas directement du style historique.

Ces maisons à colombage des temps modernes, certes onéreuses, représentent un marché particulier et fructueux. L’attrait esthétique et le confort remarquables constituent des arguments de choix, de même que les caractéristiques écologiques de ces types d’habitat. Le bois, le torchis, le verre ou encore la pierre constituent tous des « écomatériaux », donc des matériaux propres (par opposition notamment au béton), aux vertus isolantes. Ils permettent ainsi des économies d’énergie – et d’argent – et répondent en cela aux exigences législatives de la RT2012, qui impose la construction de bâtiments à basse consommation d’énergie. Etant donné que la future RT2020 poussera encore plus loin les exigences écologiques en aboutissant à la passivité énergétique, les historiques maisons à colombage pourraient bien être assurées d’un brillant futur.